30/01/2009

Vers une écodémocratie ?

Serge Latouche, professeur d'économie à Paris-Sud XI, est devenu l'un des chantres de la décroissance, en écrivant moult articles et livres (Survivre au développement - 2004 ; Le pari de la décroissance - 2006...). Même si on ne partage pas forcément toutes-toutes ses idées, notamment sur l'organisation sociale future, il y a beaucoup de choses à méditer sur la société actuelle, la démocratie, le développement économique, etc. et on ne peut que saluer la structure de ses idées et la façon claire qu'il a de les exprimer.

Pour vous donner une petite idée de la touche Latouche, voici un article paru en 2005 dans la Revue du MAUSS (Mouvement anti-utilitariste dans les sciences sociales) n°26 :

ÉCOFASCISME OU ÉCODÉMOCRATIE.
Esquisse d’un programme « politique »
pour la construction d’une société de décroissance

Réfléchir sur la démocratie aujourd’hui, sans remettre radicalement en cause au préalable le fonctionnement d’un système dans lequel le pouvoir (donc le politique) est détenu par les « nouveaux maîtres du monde » est au mieux un vain bavardage, au pire une forme de complicité avec le totalitarisme rampant de la mondialisation économique. Qui ne voit que derrière le décor de la scène politicienne et la farce électorale, ce sont très largement les lobbies qui font la loi ? Cela ne veut pas dire que les enjeux électoraux n’existent plus ; mais, dans le meilleur des cas, s’ils veulent aller à contre-courant, les gouvernements ne peuvent que freiner, ralentir, adoucir des processus sur lesquels ils n’ont plus de prise. En particulier, le choix d’une politique de décroissance est impensable et impossible, dans un tel contexte. Aucun gouvernement ne pourrait la mettre en œuvre, si tant est qu’il l’ait mise à son programme. (...)

Pour lire l'article en entier (la suite est beaucoup plus intéressante que l'intro !), concentrez toute votre force mentale ICI.

Serge Latouche a publié en 2007 Petit traité de la décroissance sereine (éditions Mille et une nuits) (vite lu et ça ne coûte que 3,50 euros !)

L'Ile aux fleurs, un classique

En douze minutes, le parcours d'une tomate, de sa plantation à.... ça vous le saurez en regardant le court métrage tourné en 1989 par le Brésilien Jorge Furtado. Cela s'intitule L'Ile aux fleurs (Ilha das Flores) et a obtenu plus d'une dizaine de prix dans différents festivals dans le monde.
L'économie de marché scrutée au fond de ses boyaux (mais non, on ne voit pas de boyaux à l'image ! Respirez !). A regarder jusqu'à la chute (...du film et... de l'économie de marché).


Pour en savoir plus, tapotez ICI.

27/01/2009

S!LENCE ne se taira pas

La revue S!lence (écologie - alternatives - non violence) a besoin de vous. Pour revenir d'aplomb financièrement,
elle a besoin de nouveaux abonnés.

S!lence est publiée depuis 1982. Elle se veut un lien entre toutes celles et ceux qui pensent qu'aujourd'hui il est possible de vivre autrement sans accepter ce que les médias et le pouvoir nous présentent comme une fatalité.

Beaucoup de reportages sur le terrain, des dossiers complets, des actus, des rendez-vous, des petites annonces... S!lence est une revue de qualité et très riche en infos. Pour exemple, quelques sujets des gros dossiers des numéros passés (alternatives en Savoie; dangers des téléphones portables; jardins partagés; pesticides; décroissance; relations Sud-Nord; handicap et alternatives; entreprises solidaires...).

Si vous n'avez jamais été abonné, vous pouvez bénéficier d'un abonnement découverte de 20 euros pour les 6 premiers numéros. Vous pouvez également recevoir un numéro découverte gratuit sur simple demande.

La revue S!lence est diffusée uniquement par abonnement
et dans un certain nombre de lieux en dépôt.

23/01/2009

L’éthique est-elle toc ?

Vous allez voir ! Dans les mois qui viennent, toutes les banques vont se découvrir une fibre solidaire, développement durable, écologiste... On voyait déjà poindre cet aspect marketing avant la crise financière, mais face à la crise de confiance et aux interrogations sur leur rôle, la drague côté cœur (là où vous planquez votre porte-feuilles, les mecs !) va monter en puissance. Ne vous laissez pas avoir par de belles publicités avec des enfants pauvres mais souriants, des éoliennes se détachant, libres et fières, dans un ciel immaculé, des amis banquiers en bras de chemise qui vous aident à construire votre cabane,
main dans la main....

Les « fonds éthiques », « socialement responsables »... vont se multiplier. Avant d’y placer votre argent, regardez-y à deux fois. Demandez une transparence totale à votre banquier sur l’utilisation exacte des capitaux.

Sachez que les organismes privés de certification éthique et de notation sociale et environnementale se multiplient et ne sont pas toujours très regardants sur tous les détails des activités des entreprises soit disant éthiques. Quand l’argent est en jeu, l’éthique devient très vite élastique, car on évite de mordre la main qui vous nourrit, en effet ce sont généralement les entreprises « notées » qui fournissent les documents d’analyse ou qui rémunèrent la société de notation. Elles définissent donc elles-mêmes leurs indicateurs qui leur serviront à se faire « aimer » (...de leurs actionnaires).

Vigilance citoyenne !

22/01/2009

Ecovillages ? Ça pousse !

« Ecovillages », « écohameaux », « écolieux » (pour les plus petits) ou même « écocités » (pour les plus développés) sont des agglomérations, intégrées dans le tissu local, visant l'autosuffisance (mais pas l’autarcie !) avec comme objectifs : une économie à échelle humaine, une organisation qui laisse une large place à la démocratie directe, au partage et à la solidarité, et bien sûr structurées autour de pratiques écologiques (énergies renouvelables, construction écologique, recyclage, agriculture biologique, permaculture, etc.).

Sorti de ces "règles" de base, il n’y a pas d’écovillages types. Ils peuvent regrouper des écolos laïques et libertaires, des bobos, des riches, des pauvres, des communautés d’artistes ou de scientifiques, des chrétiens, des adeptes des nouvelles spiritualités et thérapies new age, et bien sûr quelques sectes, entre autres... Ici, on la joue collectif, mais la « communauté » au sens 70ies du terme n’est plus trop d’actualité. Ici, on y expérimente des idées et des nouvelles technologies. Pour un futur plus viable.

Les écovillages ont essaimé un peu partout, et notamment pas mal en France (eh oui !).
Et il n’est pas interdit d’en créer de nouveaux (faut-il encore récupérer des terrains...).

Pour en savoir plus :
> Passerelle Eco (« Pratiques et contacts pour vivre ensemble sur une même planète ») collecte des pratiques écologiques à même de développer de nouveaux modes de vie et de relation, respectueux de la planète et de ses habitants. Témoignages, actu, fiches pratiques, aide au foncier... Pour moi, c’est l’adresse de ré-fé-ren-ce.
> Beaucoup d'adresses de sites pour connaître les écovillages du monde sous toutes leurs coutures dans le très complet habiter-autrement.org
> Le réseau français des écovillages (RFEV)
> Le réseau international Global Ecovillage Network (GEN)
(90 membres dans plus de 26 pays)
> Un résumé des aspects divers d’un écovillage
> Ecovillage du Mont Radar : une bonne revue de presse sur un écovillage
installé dans une ancienne base militaire canadienne.
> Pour les amateurs, des écovillages virtuels, notamment AIRE Ecovillage, se sont installés sur Second Life (on s’en fout un peu, mais si ça vous amuse d’aller les saluer...).

20/01/2009

Volem rien foutre al païs

"Dans cette guerre économique, qu'on nous avait promise il y a bien des années et qui avance comme un rouleau compresseur, existe-t-il encore un sursaut d'imagination pour résister ? Mis en demeure de choisir entre les miettes du salariat précaire et la maigre aumône que dispense encore le système, certains désertent la société de consommation pour se réapproprier leur vie. " Ni exploitation, ni assistanat ! " clament-ils pour la plupart.
Ils ont choisi une autre voie, celle de l'autonomie, de l'activité choisie
et des pratiques solidaires..."

Tel est le synopsis du film de Pierre Carles, Christophe Coello et Stéphane Goxe,
sorti en 2007, Volem rien foutre al païs. Tout est dit, y a plus qu'à regarder
et à savourer. En voici un extrait.


> Le film dans son entier, venez par ICI (mais rien ne vaut d'acheter le DVD,
par exemple ICI. D'autant que les vidéos en ligne ne seront pas disponibles très longtemps... et que vous soutiendrez ainsi les auteurs dans leurs prochaines productions).

Et aussi :
> Une vidéo sur la préparation du film : ICI
> L'émission de radio de Daniel Mermet, La-bas si j'y suis, qui lui était consacré : ICI
> Le site officiel du film : ICI

19/01/2009

Que 100 jardins s'épanouissent !


Un peu de beauté dans un monde de brutes ! Pour une petite bouffée de printemps bien avant l'heure, allons jeter un oeil sur les jardins partagés.

"Jardins partagés", "communautaires", "collectifs", "solidaires", "d'insertion sociale"... On les baptise de différents noms, selon leur région d'origine, leur histoire, leur mission, les gens à qui ils s'adressent, la façon de répartir leur (petite) production (chacun produit pour ses propres besoins ou pour le distribuer)..., mais ils restent "une démarche plus qu'un jardin. L'expression d'une envie collective d'habitants d'être acteurs de leur territoire", comme l'indique le Carnet de voyage vers les jardins communautaires (pdf téléchargeable) du réseau Le Jardin dans tous ses états (site très complet, avec pleins de doc pratiques à télécharger).

Ces jardins de proximité à l'initiative des habitants sont des écoles de démocratie directe, des creusets de réflexion sur notre rapport à la nature et à la biodiversité, des lieux de rencontres, de partage et d'entraide, des moments de création de richesses directes (légumes, fruits...). A New York, les community garden existent depuis 1973.

Des municipalités (Paris, Lyon...) jouent le jeu en laissant à dispo un peu de terrain inexploité, aident les associations, tout en tentant bien sûr de contrôler leurs activités et sans hésiter à les expulser avec compassion dès qu'un promoteur apporte des arguments intéressants pour les finances de la ville. Mais ne crachons pas dans la soupe aux choux, prenons ce qu'on nous donne mais ne nous arrêtons en si bon chemin. Réapproprions-nous les friches. Pour chaque nouvel immeuble construit, plutôt qu'un parking, demandons un terrain à partager entre habitants et voisins.

Des chercheurs ont calculé que la production et la consommation des produits de son jardin potager équivaudrait pour certains foyers les plus modestes à un 13e mois ! Face à la crise alimentaire qui s'annonce, ne serait-il pas temps de commencer à réfléchir à la conversion d'une partie des parcs et jardins publics, des squares des villes, en potagers partagés ? Pour la transformation des casernes, de l'Elysée et des ministères en terrains d'élevage bio, nous verrons ça après la révolution (mais on peut commencer à lister les espèces à y placer. Je serais assez pour des vaches et des laiteries).

Quelques articles et sites pour en savoir plus :
> Le portail des jardins partagés et d'insertion d'Ile-de-France, édité par Graine de Jardins, qui depuis 2001, aide les jardins partagés à se développer.
> Les Amis des jardins ouverts et néanmoins clôturés (AJOnc) propose notamment des fiches techniques sur la biodiversité dans votre jardin, une liste des jardins du Nord -
Pas-de-Calais, la proposition de loi sur les jardins collectifs adoptée par le Sénat en 2003...
> Les fiches téléchargeables de l'ouvrage Jardinons ensemble (2003),
> Une revue de presse (avec les articles en jpg) de jardins.wordpress.com.
Notamment un grand dossier de la revue Silence (novembre 2008).
> Quand ils ne sont pas obnubilés par les élections à venir (ça arrive !),
les Verts (et les autres associations écologistes) peuvent être de bons conseils
(voir avec le groupe de votre ville).
> Des compagnons belges se sont baladés à travers les jardins collectifs à but social du Québec.
> Les conseils administratifs de la Mairie de Paris et de sa cellule Main-Verte
pour créer un jardin partagé à Paris.
> Chez FrancVert, webzine environnemental, un tour d'horizon des différents
types de jardins collectifs.

14/01/2009

Questions pour avancer

En 2002, des squateurs grenoblois (Les 400 Couverts) publiaient un texte/appel à contributions qui reste d'actualité. Une suite de questions essentielles pour alimenter la réflexion sur les modes de fonctionnement dans une communauté qui se veut libre (squat ou autres), sur les contradictions à résoudre, sur les difficultés de passer d'une théorie floue à une pratique concrète et quotidienne, sur la nécessité de réfléchir
à chacun de nos choix.

Voici quelques extraits de ce texte que vous pouvez retrouver au complet ICI.

Quelques questions à se poser :
« (...) Comment faisons-nous pour survivre sans être esclaves du marché, ou en l'étant le moins possible ? Si nous rejetons le travail, de quoi vivons-nous à côté ? Considérons-nous le RMI et ses acolytes comme des programmes d'assistanat à pirater ou comme des compromissions à même de nous endormir ? La récup est-elle une pratique subversive en tant quelle profite du gaspillage inhérent au capitalisme ou nous confine-t-elle finalement dans une certaine dépendance, dans un profil bas devant le système, dont nous nous contentons des miettes ? Redéfinir dès maintenant ses besoins à la baisse, est-ce un cheminement vers une conscience écologique et sociale ? Ou est-ce une abdication devant une société qui produit de l'abondance, qui l'étale devant nous en même temps qu'elle nous l'interdit ? (...) »

« (...) Et qu'en est-il de labourer la terre, de chercher l'autonomie alimentaire, énergétique, etc. ? Cette autonomie est-elle à portée de main dès aujourd'hui ? Ou nécessite-t-elle un tel effort qu'elle nous ramène à des logiques de travail, de spécialisation, qu'elle accapare nos forces et notre temps sans leur laisser d'autres activités ? Bref, salariat, assistanat, récup, vol, auto-subsistance, lesquelles oui, lesquelles pas trop, pourquoi et comment, et quelle articulation trouve-t-on entre les unes et les autres ? Quels moyens de subsistance nous semblent amener le plus de liberté et de cohérence ? (...) »

« (...) Quelles logiques appliquons-nous en réaction, en création, face aux rapports marchands ? La vente directe (d'agriculteurice à mangeureuse) est-elle déjà une pratique radicale dans la mesure où elle court-circuite le maillon et le rôle du marchand ? Qu'est-ce que l'argent ? Est-il un outil utilisable à des fins révolutionnaires ? Ou porte-t-il en lui-même une logique économique qui contredit et affaiblit nos projets de construction ? Comment brassons-nous l'argent ? Arrivons-nous à nous en passer complètement ? Avons-nous besoin de reconnaissance comme salaire minimum de nos services mutuels ? Comment gérons-nous et échangeons-nous notre activité (notre travail) dans les collectifs ? Le principe du don arrive-t-il à se généraliser, ou celles/ceux qui donnent sont-ils condamné-e-s à n'être que des bonnes poires, même dans "nos" milieux ? Les espaces de gratuité, les bourses aux vêtements gratuits fonctionnent-ils ? (...) »

« (...) Comment gérons-nous les objets ? Appliquons-nous l'idée de la propriété d'usage ? Collectivisons-nous tout ce que nous pouvons ? Que deviennent les objets collectivisés ? Y apportons-nous autant de soins qu'à nos biens personnels ? (...) »

Pour en savoir plus sur quelques-unes des initiatives qui tentaient de voir le jour dans la région (zones de gratuité, pharmacie alternative, réseau récup...), cliquez ICI.

12/01/2009

Changez de vie en 7 leçons

Trouvé sur le Net un texte de 2002 de Sylvain Marcelli, journaliste et écrivain, "Changez de vie en 7 leçons". Très inspiré de l'An 01, bande dessinée de Gébé, il ne nous parle pas de la future société à construire mais de comment regarder la société actuelle avec un autre œil et comment faire un pas de côté. Une façon de retrouver quelques valeurs humaines. Avec humour.

Pour en savoir plus sur les œuvres de Marcelli : cliquez ICI.
Il est notamment l'auteur d'une intéressante critique du livre The Cultural Creatives : How 50 Million People Are Changing the World ou L'émergence des Créatifs culturels. Enquête sur les acteurs d'un changement de société (P.H. Ray et S.R. Anderson) (Ed. Yves Michel, 2001), pour la lire, cliquez ICI. (En 2007, les éditions Yves Michel ont publié ce qui pourrait être un complément hexagonal de ce livre : Les créatifs culturels en France).

09/01/2009

Communautés libertaires

Créé il y a plus de six ans, le site web L'En-dehors, qui se définit comme quotidien anarchiste, a publié un grand nombre d'excellents articles sur pleins de sujets. Parfois, il ne s'agit que d'un commentaire sur un lien qui mène à un article d'un autre site, certains datent un peu parfois même beaucoup, mais le choix est toujours judicieux et pleins d'enseignements. N'hésitez pas à y baguenauder.

Par rapport aux sujets qui nous intéressent ici, ils traitent de diverses communautés libres, du début du siècle aux années 80, qui se sont montées en France ou encore en Espagne :

Los Arenalejos, une collectivité libertaire andalouse ;
Terre libérée, à Luynes (1923-1949), créées, près de Tours, à l'initiative de Louis Rimbault, individualiste végétalien remettant en cause les "faux besoins" (un article long et passionnant) ;
le village libertaire de La Valette (années 90) ;
une analyse des analyses sur les communautés des années 70 ;
la tentative de communauté en Aveyron en 1971 ;
la communauté de Jansiac ou la Nef des fous (dans la montagne de Sisteron)...