07/07/2018

La lutte des sidérurgistes lorrains, 40 ans après

Lutte des sidérurgistes 1978 1979
"Longwy. Paroles libérées.
1978-1979 - 40 ans après"


EXTRAIT du Monde diplo d'octobre 1997 : 
« Décembre 1978, coup de tonnerre sur le haut pays lorrain : le troisième "plan acier" prévoit la suppression de 22000 emplois dans la sidérurgie, dont 6500 dans le bassin de Longwy. (...) Très vite, la résistance s’organise ; les Lorrains, réputés pour leur calme, se révoltent. Au sommet du crassier de Longwy, symbole d’un siècle de labeur, un signal lumineux s’allume : SOS. Signal d’un combat pour l’emploi mené par une intersyndicale à laquelle se joindra toute la population. A la traditionnelle "lutte dans l’entreprise" vont s’ajouter  – pendant plus de six mois – des actions de rue, spectaculaires et mobilisatrices.

Elaborée avec des moyens de fortune, une radio pirate cédétiste commence à émettre, avertissant les Longoviciens des actions qui se succèdent à un rythme effréné de janvier à juillet 1979. Après les manifestations unitaires (80000 personnes à Metz le 13 janvier) et sans résultats, vient le temps de l’exaspération.

Les premières violences ont lieu dans la nuit du 29 au 30 janvier : restée neutre jusque-là, la police intervient pour délivrer le directeur d’une usine séquestré par des militants. La riposte est immédiate : les sidérurgistes attaquent le commissariat de la ville. La CFDT, avec une vigueur qu’on ne lui connaît plus, assume la "violence légitime des travailleurs". Le 6 février, à l’issue d’une entrevue avec l’intersyndicale, le ministre du Travail refuse de revenir sur le plan de restructuration ; il tente néanmoins de parer au plus pressé : l’âge de la retraite est abaissé et des négociations avec les syndicats sont ouvertes. Mais ces derniers réclament le réexamen du dossier.

Dix jours plus tard, Longwy et l’ensemble du haut pays se réveillent paralysés par la grève générale, isolés par des barrages routiers. (...) »



Présentation du livre par l'éditeur :  
« (...) Longwy, ce trou de cul du monde, où se côtoyaient sans réels liens entre elles (à l’exception du travail), plus de 52 nationalités, avait bien montré dans son histoire qu’elle avait l’échine sensible et le verbe haut. Bâtie de sable et de chaux, autour  de quelques valeurs guerrières, on se souvenait ici de l’année 1905 et d’un certain Tullo Cavallazzi, l’agitateur anarchiste italien expulsé le 20 juillet 1905… On se souvenait aussi du coup de lance d’un dragon qui la même année avait tué un maçon belge, Nicolas Huart.

On se souvenait des grèves de 47 et de 48, de la chasse aux CRS entre les hauts fourneaux. Des victoires communistes. Des défilés triomphants. Des défaites amères. Les renseignements généraux pointaient avec gourmandise les chiffres des encartés communistes et cégétistes. Autour de 5000 vignettes remises chaque année. Une armée de militants aguerris mais… "responsables". Des débordements ? Ici ?  Mais vous n’y pensez pas, monsieur le chef de cabinet… La loi restera à la loi comme dira plus tard le préfet de Meurthe-et-Moselle, Pierre Rouvière, rapidement dépassé par les événements… qui par ses décisions inconséquentes ne fera qu’attise le brasier. Et puis…. ce trou de cul du monde n’intéressera personne. Et pourtant…

C’est un article de presse qui va mettre le feu aux poudres. Le Républicain Lorrain titre le 13 décembre 1978 à sa Une : "Usinor frappe Longwy à mort !" Face à une mobilisation exceptionnelle (20000 personnes  le 19 décembre 1978 dans les rues de Longwy), Raymond Barre reste de glace… VGE va rentrer en campagne… et se soucie de ce trou de cul du monde comme d’une guigne ! Genre : "Qu’on leur donne de la brioche !"…

La déflagration sera considérable et fera vaciller le trône du brillant monarque emberlificoté dans son affaire de diams et ses avions renifleurs. Ce n’est pas la seule raison qui fait entrer Longwy au panthéon social au même titre que Fourmies ou Carmaux… mais les "Longwy", comme on les a rapidement appelés, ont inventé ici des formes de luttes reprises et développées ailleurs : occupations d’usines, déménagements de bureaux, opérations coups de poing, ville morte,  prises d’otages, kidnappings, attaques des institutions et notamment des commissariat et autre sous-préfecture et banque, etc.

Avec une liesse et une joie de manifester qui, quarante ans après, ne laissent pas de nous impressionner. Mais qu’est-ce qui agitait donc l’occiput des Robert, Michel, Marcel, Lucien qui, en bleus de chauffe, allaient pendant près d’un an agiter le bocal longovicien… ? (...) En tout cas, en 1978, il y a quarante ans, tout est prêt pour la lutte finale… »  
(Guy-Joseph Feller, écrivain-éditeur, 2008, 2017).

Editions Paroles de Lorrains, 340 p., 42 €. Tirage limité à 500 ex.
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RETOUR EN IMAGES sur la révolte des sidérurgistes en 1978-79.




+ Film amateur sur la Marche des sidérurgistes à Paris le 23 mars 1979 
et les échauffourées qui ont suivi.
+ La lutte des sidérurgistes vue par le NPA. 
+ Le long article de la revue Vingtième siècle.

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